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Samaritaine3

"Ma doctrine n'est pas de moi mais de celui qui m'a envoyé..."

Cette rubrique vous propose des textes tirés de différentes lectures ou relectures de l'Evangile, et qui commentent une rencontre...
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" Une soif d'absolu "

Désormais il peut lui parler d'une manière directe, sans avoir recours à des images ou des symboles : « Va, lui dit-il, appelle ton mari et reviens ici. » A quoi réplique la femme : « Je n'ai pas de mari. »

Et Jésus de lui dire : « Tu as raison de dire : "Je n'ai pas de mari", car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari ; en cela tu dis vrai. » Révélation bouleversante. La Samaritaine n'en revient pas. Cet étranger qu'elle n'a jamais vu semble la connaître à fond. Comment peut-il savoir tout cela ?

Il vient d'évoquer devant elle le drame de sa vie. Jusqu'à ce moment, elle s'amusait un peu en écoutant ce Juif qui lui parlait d'une eau magique. Mais voici soudain toute son existence sentimentale dévoilée, étalée, avec ses orages, ses blessures secrètes et son immense désert.

Le puits profond de sa vie, celui de ses amours successifs, de ses espoirs déçus, de ses échecs, est là grand ouvert. Le puits du désir, où n'affleure plus une eau vive.

Un puits béant, vide, totalement à sec. « Terre aride, assoiffée, sans eau. »« Il m'a dit tout ce que j'ai fait », dira plus tard la femme à ses concitoyens. En mettant à nu sa vie orageuse, Jésus n'a pas voulu la couvrir de confusion, mais bien plutôt lui faire sentir que, par-delà la surface lisse de son existence, il y avait, au plus profond d'elle-même, une soif brûlante, un désir inassouvi de bonheur, d'amour vrai et d'adoration.

Une soif d'absolu qu'aucune relation humaine n'avait pu étancher jusqu'à ce jour. Une soif d'eau vive.

Cette femme a cru à la vie, à l'amour, au bonheur. Elle a couru après. Elle a aimé et crut être aimée. Elle s'est donnée corps et âme. Et chaque fois ce fut l'amère déception, le grand désenchantement. Maintenant il ne reste plus que les corvées quotidiennes, les gestes répétitifs, la résignation. Bref, la vie sans la joie de vivre. C'est du moins ce qu'elle croyait, il y a encore un instant.
Mais la parole de ce prophète vient de réveiller en elle une soif terrible de vie pleine, heureuse, et d'une joie divine. Cette femme qui a eu cinq maris fait partie de ces êtres blessés vers lesquels Jésus est envoyé en priorité. Le regard qu'il pose sur elle ne fait qu'un avec le regard miséricordieux du Père. C'est pour elle qu'il a fait cette route.

C'est elle qu'il attendait auprès du puits de Jacob. C'est pour elle qu'il est venu en ce monde. Pour la rencontrer. Pour lui révéler la tendresse du Père. Pour lui dire qu'elle aussi est aimée du Père, de toute éternité.

Et pour éveiller en elle le désir de cette vie dont il porte le secret. Il ne lui fait aucun reproche. Il a voulu simplement la rejoindre au coeur de son existence, au plus profond de sa détresse et de son désir, pour lui dire : Si tu savais le don de Dieu ! »

Alors les yeux de cette femme commencent à s'ouvrir. Ce n'est pas encore pour elle le plein jour, mais c'est déjà la clarté discrète de l'aurore.La révélation de sa vie intime par cet étranger l'a bouleversée. Elle ne pense plus à l'eau du puits, qu'elle est venue chercher. Elle en oublie la corvée quotidienne.

Quand les racines obscures cherchent à tâtons un chemin vers la lumière, une nouvelle naissance s'annonce.

C'est l'heure où le corps lui-même prend son envol vers les hauteurs. « Seigneur, dit alors la Samaritaine, je vois que tu es un prophète... Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous dites : c'est à Jérusalem qu'est le lieu où il faut adorer. »

La question pourrait sembler, de la part de cette femme, une dérobade, une manière élégante de détourner la conversation de sa vie personnelle et de sortir d'un sujet brûlant. Il n'en est rien. La Samaritaine exprime ici, au contraire, de façon pudique, le fond même de son être : un besoin d'adoration vraie et d'amour absolu. Où est le lieu de cette adoration ?

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