L'aveugle1
"Je suis la Lumière du Monde "
| Cette rubrique vous propose des textes tirés de différentes lectures ou relectures de l'Evangile, et qui commentent une rencontre... |
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| La samaritaine — Nicodème — L'Aveugle — Les Pharisiens et les Scribes — Les "Païens" — Les pouvoirs "religieux" et "politique" — Les Femmes |
Le récit de la guérison de l'aveugle-né est sans doute l'un des plus vivants de tout l'évangile de Jean. Ici pas de grands discours, mais une action soutenue, mouvementée, riche en rebondissements. On y relève force détails pris sur le vif et qui donnent au récit une saveur d'authenticité. Le lecteur a vraiment l'impression d'assister au déroulement de l'action. Dans ce récit, Jésus, bien que très présent à toute l'action, n'intervient directement qu'au début et à la fin. Entre-temps, c'est l'aveugle lui-même qui occupe le devant de la scène et y joue le rôle principal. Un rôle qui d'ailleurs le dépasse : celui de témoin privilégié de la Lumière venue en ce monde. Car, dans cet événement, il s'agit beaucoup plus que d'une simple guérison. C'est le drame de l'histoire humaine qui est ici évoqué : celui de l'accueil ou du refus de la Lumière. Rien ne prédisposait cet aveugle à jouer un tel rôle. « En passant, dit le texte, Jésus vit un homme aveugle de naissance. » Vraisemblablement il se tenait assis et mendiait au bord de la route, comme nous l'apprenons par la suite. Il ne semble pas avoir demandé à Jésus de le guérir. Il est là, enfermé dans une double nuit, celle de sa cécité et celle, plus sombre encore, de la réputation qu'on lui fait. Car le plus dur, en effet, pour cet homme, ce n'est pas de ne pas voir, mais de sentir peser sur lui le regard des autres : un regard malveillant, méprisant. Un regard de condamnation qui fait de sa cécité une chose honteuse. Aux yeux de la société, s'il est aveugle de naissance, c'est sans aucun doute parce que lui ou ses parents ont péché. Son infirmité ne peut être qu'un châtiment du ciel. C'est le salaire du péché. Cette interprétation théologique de la maladie ou de l'infirmité, et du malheur en général, vient de loin. On la trouve déjà dans le Livre de Job. Job, le fidèle serviteur de Dieu, accablé de maux, se voit accusé par les siens et par ses amis qui veulent à tout prix qu'il ait commis quelque faute grave, pour être ainsi châtié. | Les disciples de Jésus partageaient, eux aussi, cette façon de voir, qui était l'opinion courante. Ils s'en font les échos quand ils demandent au Maître : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? » Ce préjugé était également celui des Pharisiens ; il inspirera leur jugement sans appel, quand, une fois guéri, l'aveugle se fera auprès d'eux l'avocat de Jésus :« De naissance, lui diront-ils, tu n'es que péché, et tu nous fais la leçon ! » Et ils le jetteront dehors. Jésus, lui, avant même de guérir l'aveugle, s'empresse de corriger le jugement de ses disciples : « Ni lui ni ses parents n'ont péché » , leur dit-il. Le Maître rejette carrément cette interprétation théologique qui fait dépendre la maladie ou l'infirmité de la faute morale et qui identifie le malade ou l'infirme avec le pécheur. En innocentant l'aveugle, Jésus ôte le caractère honteux de son mal ; il lui rend sa dignité et déjà il fait jaillir en son coeur une clarté d'aurore. Bien plus, sa cécité, loin d'être l'ombre du péché, va devenir le signe d'une élection. S'il est privé de la lumière, « c'est afin, dit Jésus, que soient manifestées en lui les oeuvres de Dieu ». « Les oeuvres de Dieu », c'està-dire la vie, la vie qui est lumière. Quel renversement ! Cet homme tout entier ténèbres, le voici appelé à devenir le reflet vivant de la gloire divine, le témoin de la venue de la Lumière en ce monde. Comment ne se sentirait-il pas soulevé par une immense espérance ? Et par le désir de voir ce mystérieux semeur de lumière qui projette sa clarté dans le fond des coeurs avant même de la mettre dans les yeux ? Jean ne nous dit rien des sentiments qui agitent l'âme de l'aveugle, en cet instant décisif. Toute son attention se porte sur la signification du geste que Jésus s'apprête à accomplir. Il met, dans la bouche du Maître, des paroles qui donnent à l'événement toute sa dimension : "Tant qu'il fait jour, je dois accomplir les oeuvres de celui qui m'a envoyé. La nuit vient, où nul ne peut travailler. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde." |
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